Les Stolpersteine, pavés de la mémoire – Exposition historique à l’ORT Strasbourg

Samedi 26 janvier 2019

L’établissement ORT a inauguré vendredi 25 janvier, une exposition inédite à Strasbourg sur l’historique des Stolpersteine.

Réalisée par un collectif franco-allemand qui a travaillé sur le projet depuis plus d’un an, cette exposition rappelle l’œuvre de l’artiste berlinois, Gunter Demnig. Un groupe de réflexion pluridisciplinaire et informel, constitué depuis quelques semaines, à la demande de la Ville de Strasbourg, en association Stolpersteine 67, a ainsi élaboré le projet mémoriel et pédagogique et manifesté son adhésion et son soutien au projet historique de l’artiste berlinois.

Ces Stolpersteine, dont l’association tire son nom, sont des pavés dont la face supérieure, recouverte d’une plaque de laiton, honore la mémoire des victimes juives de la Shoah, des Rom, des Sintis, des témoins de Jéhova, des résistants, des homosexuels, opposants au nazisme déportés et assassinés dans les camps de la mort durant la Seconde Guerre mondiale. Chaque pavé rend hommage aux individus en citant leur nom, leur année de naissance, leur adresse durant la guerre, leur lieu de déportation et la fin tragique qu’ils ont affrontée.
Ce projet Stolpersteine verra sa concrétisation le 1er mai par la pose, à différentes adresses du centre-ville de Strasbourg, de plusieurs dizaines de pavés de laiton par Gunter Demnig.

Ces poses seront élargies aux communes de l’Eurométropole et au Bas-Rhin dans les prochains mois et les prochaines années.

Une inauguration très officielle

C’est devant un parterre d’officiels, responsables associatifs et institutionnels, de représentants du corps diplomatique, de la Ville et du Département, de l’Académie et du Rectorat, des instances de la Communauté juive de Strasbourg, de représentants des Universités de Fribourg et de Strasbourg, des Archives de Strasbourg et de Kehl, d’enseignants, de parents d’élèves, de la Presse des deux côtés du Rhin, des membres des familles concernées… que l‘inauguration a eu lieu à la Résidence ORT Clemenceau le vendredi matin 25 janvier. Certaines personnes avaient fait le voyage pour l’occasion de Rome, Berlin, Fribourg, du Jura suisse, de Metz et de Colmar…
Dietmar Wenger, Consul de la République fédérale d’Allemagne à Strasbourg, Michel Benoilid, Proviseur du Lycée ORT, Alain Fontanel, Premier adjoint au maire chargé de la culture et du patrimoine, Anne Thomas, responsable internationale du projet Stolpersteine et Richard Aboaf, chargé de l’action culturelle à l’ORT Strasbourg, ont tour à tour pris la parole pour donner sens au projet et évoquer de manière forte la symbolique de ces pavés de la mémoire, qui verront le jour sur les trottoirs de la ville au mois de mai de cette année.

Donner sens au projet et l’insérer dans la mémoire locale

Vecteur idéal qui réduit et revisite le concept de monument ou de mémorial en le positionnant dans une forme de « Street Art mémoriel », les Stolpersteine agissent comme une empreinte nominative et individualisée, posée dans l’espace public, sur le trottoir. Ils constituent un moyen idéal pour atteindre le passant, le Bystander. L’objectif majeur de ces poses est bien entendu mémoriel : perpétuer le souvenir de la Shoah et de l’ensemble des victimes des crimes nazis. Le projet a par ailleurs une forte visée pédagogique, avec une implication locale et populaire, en y intégrant des structures scolaires, des associations, des familles, le grand public, comme cela a été le cas dans la ville voisine de Kehl, où les initiatives citoyennes se sont multipliées ces dernières années.

Rappelons que 890 personnes, membres de la communauté juive qui habitaient à Strasbourg et avaient quitté la ville dès septembre 1939, ont été déportées. Le chiffre est de 2464 pour le Bas-Rhin, constituant ainsi la très grande majorité des déportés de notre ville et de notre département.

La préservation de cette mémoire incite les historiens et les acteurs du projet à archiver les recherches biographiques et historiographiques qui ont déjà été réalisées et continuent de l’être, sur la base d’archives locales, nationales et internationales. Ces recherches seront mises sur une plateforme électronique de publication et de consultation pour le grand public d’ici quelques mois.

Cette exposition, dont l’itinérance est déjà prévue sur plusieurs sites prestigieux, constitue le préambule et la préfiguration de la pose des premiers Stolpersteine dans la capitale alsacienne, gardienne de la mémoire de notre continent. Strasbourg l’européenne porte en son cœur, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un souci essentiel, celui de préserver la paix et la liberté pour les générations futures. Cela passe aussi par la préservation de son histoire et de sa mémoire. Les Stolpersteine en feront désormais partie.

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