Journal : Marche des vivants Avril 2013

MARCHE (2)M GABAI-MAILLET  Parent d’élève – Accompagnateur du voyage

Dimanche 07/04/2013

Départ de Lyon, TGV jusqu’à Marseille où il fait un soleil magnifique.

Nous prenons un bus spécialement affrété pour nous, direction aéroport de  Marignane. Nous allons vers les comptoirs d’enregistrement.

“CRACOVIE Marche des Vivants”

L’avion décolle. Après 15 mn de vol, c’est carrément la fête, les jeunes de toutes les écoles vont et viennent, jouent aux cartes debout… l’avion est devenu une sorte de promenade où on va et on vient.

Atterrissage  à Cracovie, après avoir survolé  des étendues glacées.

Nous attendons l’avion de Strasbourg qui a une heure de retard, et nous voilà partis pour le camp d’Auschwitz.

Le froid s’intensifie. La visite du camp se fait dans un recueillement et un sérieux impressionnants.

Il est intéressant de noter que c’est l’angoisse du lieu et de ce qui a été commis ici qui oppressent les adultes, et c’est le concret qui impressionne les jeunes : les lunettes et chaussures par milliers, les tonnes de cheveux, les boîtes de Zyklon B etc…

Nous avons eu la chance d’avoir une guide Polonaise très correcte (ayant été plusieurs fois dans ce camp, je peux vous dire que ce n’est pas fréquent).

Nous avons également notre guide Israélienne de la Marche des Vivants, Keren qui est tout simplement merveilleuse.

La visite du camp est longue et difficile psychologiquement. On rentre directement dans l’Histoire, on sort des documents en noir et blanc et on touche les murs, les barbelés. On foule cette terre où les déportés ont souffert. On change de dimension.

Il fallait voir nos jeunes, dont certains étaient enveloppés dans le drapeau frappé de l’Etoile de David, deux par deux… magnifiques.

J’avoue que c’était brutal car 1h après être sortis de l’avion, nous étions plongés dans cet enfer, sans transition.

Après la visite, il y a eu une longue cérémonie avec des discours, de la musique, et un violoniste. C’était émouvant.

Mais surtout, nous étions gelés ! Le froid Polonais c’est quelque chose ! Equipés comme nous l’étions … et bien nourris… nous avons eu très froid.

Après la visite et la cérémonie, tous dans le bus, direction l’hôtel.

L’hôtel est très correct, impeccable.

Lundi 08/04/2013

Marche des vivants

Il faut imaginer ce que nous vivons.

Nous sommes des milliers et des milliers, une multitude. 90 % de jeunes gens de 16/20 ans, venus de tous les pays du monde : Uruguay, Chili, Korea, Venezuela, USA, Mexique, Angleterre et toute l’Europe etc…
MARCHE (6)

Nous chantons la Hatikva, la Marseillaise, des chants Hébreux. Les jeunes s’échangent leur casquette, et tout ce qu’ils peuvent. Les garçons rient et draguent. L’ambiance ici, c’est la VIE qui reprend ses droits. Ils sont là, vivants et pleins d’avenir ; Ils ont la richesse promise de la jeunesse. Cette vie, personne ne la leur prendra.

Nous sommes dans le camp d’Auschwitz. Nous allons marcher jusqu’à Birkenau. L’armée israélienne et la police Polonaise assurent le service d’ordre.
MARCHE (3)

Nous avons gagné ! Nous sommes vivants ! Nous allons participer au développement du monde. Les Allemands, vainqueurs, impeccables dans leur uniforme, intraitables devant tant d’atrocités, ont perdu. Ils ne nous ont pas effacés de la surface de la terre ! Les nazis, eux, ont disparu.

La marche se fait dans une grande dignité. Nos jeunes de l’ORT Lyon se comportent très bien. Il fait très beau, grand soleil.

Nous arrivons à Birkenau, où Keren nous fait découvrir l’impensable.

Il y a des milliers de personnes, une grande cérémonie officielle couvre l’événement.

Il faut avoir entendu la Hatikva, chantée par des milliers de jeunes dans l’enceinte de Birkenau, une fois dans sa vie !

Ici, dans ce lieu maudit, nous célébrons la Vie.

Mardi 09/04/2013

Nous sommes partis de Cracovie à 7h 30. Nous avons roulé 6 heures et sommes arrivés à Lublin.

Un détail : durant une halte, certains jeunes, partis avant les autres, ont mangé des frites dans une cafétéria. Quand le personnel a vu le groupe arriver, dont certains portaient une Kippa, on a dit à une jeune fille que le restaurant était fermé : plus de frites… Il était 13 h….

Nous voilà devant le camp d’extermination de Majdanek (en pleine ville). Les maisons sont à 100 m des chambres à gaz !!

La particularité de Majdanek, c’est que les Allemands se sont enfuis dans une grande précipitation, au point de laisser des corps partout avant crématorium.

De ce fait, ce camp est parfaitement conservé (à l’inverse de Birkenau où ils ont fait sauter les chambres à gaz et le crématorium pour ne pas laisser de traces…. ni vus ni connus 1 300000 personnes assassinées).

Les baraquements sont alignés dans cette étendue immense, entourée d’une double rangée de barbelés espacés de 3m.

Tous les 100 m, un mirador. Nous avons récité un Kaddish à l’entrée de l’une des chambres à gaz. L’émotion  est à la limite du supportable.

Notre guide , Keren, une Israélienne de 35 ans , mère de trois enfants, responsable à Yad Vaschem, puis à Taglit,  nous lit et fait lire des passages de  “hope is the last to Die » De Hilena Birenbaum”.

Hilena a 13 ans quand elle arrive à Majdanek avec sa mère, c’est un témoignage capital, et précis.

Je passe les détails sur ce camp, tous plus inhumains les uns que les autres ( le commandant Koch avait une baignoire à 3 mètres des crématoires pour avoir de la chaleur… Sa femme parcourait le camp à cheval, tirait sur des déportés au hasard, et faisait découper les tatouages pour se faire des lampes, etc….)

A la libération de ce camp, les Russes ont trouvé 800 000 paires de chaussures. Dans un baraquement, il y en a 50 000 exposées : chaussures à la mode, de marche, des bottes, des mocassins hommes, des chaussures à talons, quelques-unes ont encore des couleurs, les chaussures de nourrissons sont blanches…… Nous les voyons, ces êtres vivent par leurs chaussures, chaque paire est une histoire, un drame, ces chaussures c’est la vie qui s’est arrêtée. Pourquoi ?

Ce qu’a vécu ce peuple, ces gens, ces victimes  est hors de compréhension humaine. Nous avons conclu cette visite par un recueillement devant une colline de cendres, des cendres humaines….7 tonnes de cendres ! Là , nous nous sommes tous pris par le cou et nous avons fait un cercle. Les professeurs avaient  les larmes aux yeux. Ils ont fait un Kaddish, puis chanté la Hatikva, qui, en ce lieu, prenait toute sa signification profonde , Hatikva: l’Espérance

Des jeunes pleuraient (même les « durs »).

Nous sommes montés dans le bus complètement frigorifiés, j’insiste : FRIGORIFIES, et pourtant nous étions super équipés et bien nourris….

La route vers Varsovie est d’environ 3h, nous roulons doucement en Pologne, On a chanté, dansé, rigolé ; La Jeunesse est formidable,  c’est une source de vie.

La jeunesse est notre seul espoir, ils sont extraordinaires.

Arrivés à Varsovie, nous nous installons dans le Novotel **** (20 étages) et nous retrouvons les délégations du Mexique, USA, Canada, Australie, Nouvelle  Zélande etc. … il y a peut-être 500 jeunes, tous communiquent, s’échangent  leur FB, rigolent …. la Jeunesse.. La VIE.

Ne doutons jamais que la vie et la joie sont notre dû sur cette terre. Faut-il en être digne.

Mercredi 10/04/2013

Aujourd’hui, nous sommes restés à Varsovie.

Varsovie est une capitale Européenne hyper dynamique, avec des dizaines de tours de bureaux ultra modernes, des centres commerciaux et une Histoire hors du commun.

Nous avons la chance d’avoir deux guides, Keren israélienne passionnée et passionnante, un puits de culture, et Magdalena, Polonaise de 45 ans, masculine d’aspect, cheveux courts, massive, mais très douce et expliquant correctement la Shoah (rarissime pour un guide Polonais).

Magdalena a, dans ses yeux bleus, toute la tristesse de l’histoire de ce pays  et, en même temps, tout le courage de ces femmes qui élèvent seules, un enfant.

Seule car son mari, médecin et ouvertement antisémite, était alcoolique ( un cumulard), alors elle a décidé d’élever sa fille seule.

Sa fille, alors âgée de 10 ans, avait dit à son père : Je vais épouser un Juif, et si il est noir c’est encore mieux… 10 ans !

Pour terminer cette histoire, Magdalena travaillant dans une petite société d’édition historique a  fait des recherches sur la famille de son mari….. il s’avère que sa mère, catholique, hyper pratiquante, était d’origine Juive convertie !!!…. le pauvre!

Nous avons traversé le Ghetto, immense (je dirais de la taille d’une petite ville), il n’y a rien à voir. Evidemment, tout a été rasé et détruit par les Allemands. Il est intéressant de noter que les Allemands avaient décidé de faire un cadeau à Hitler pour son anniversaire : la liquidation du Ghetto de Varsovie.

Les  Allemands rentrent dans le ghetto. Ils sont repoussés par des tirs ! ils reculent !! Laissant quelques SS à terre ! du jamais vu, des juifs qui se défendent, se révoltent ? Le commandant est immédiatement remplacé, le nouveau annonce qu’il lui faudra 3 jours, pour venir à bout de quelques résistants juifs de 13 à 24 ans…L’armée Allemande mettra 4 semaines pour venir à bout de ces Héros., C’est à dire plus de temps qu’ont résisté les armées Françaises, ou Hollandaises devant les Allemands….. C’était des gamins sans aucune expérience militaire.

Nous avons visité le cimetière Juif de Varsovie, immense, gigantesque, le plus grand cimetière Juif d’Europe. Depuis des siècles,  ce cimetière abrite les défunts Juifs de Varsovie. (30% de la population).

Nous avons vu une tombe particulière celle de Ludwik Lejzer Zamenhof, qui est ce ?

C’est le créateur de l’Esperanto !

Il y a toutes sortes de monuments, et un particulièrement émouvant, celui de  Janus Korczak. C’était un grand écrivain, qui avait notamment développé une méthode d’éducation :

Wikipédia: Janusz Korczak (né le 22 juillet 1878, mort le 5 août 1942), de son vrai nom Henryk Goldszmit, est un médecin-pédiatre et écrivain polonais. Avant la Seconde guerre mondiale, il est une des figures de la pédagogie de l’enfance les plus réputées. Il laisse son nom à la postérité pour avoir choisi délibérément d’être déporté vers Treblinka avec les enfants juifs du ghetto de Varsovie dont il s’occupait dans un orphelinat (voir le film d’Andrzej Wajda : Korczak, 1989).

«Le fait que Korczak ait volontairement renoncé à sa vie pour ses convictions, parle pour la grandeur de l’homme. Mais cela est sans importance comparé à la force de son message». Il s’occupait des orphelins du ghetto. Quand les enfants ont été déportés pour Treblinka (mort immédiate) il était avec les enfants. Un allemand le reconnait ; Il lui dit qu’il a lu tous ses livres, et qu’il peut le rayer de la liste. Il refuse de laisser ses enfants, à qui il a dit qu’ils partaient pour jouer, en vacances. Ils se sont bien habillés, heureux,  et  ils ont disparu avec ce Grand Homme.

Keren nous fait arrêter devant un espace de 30m par 30m dans le cimetière. Elle nous dit qu’on va faire un Kaddish. Pourquoi ici ? …. « Parce que devant vous, 85 000 personnes sont enterrées » ……

L’après-midi, un jeune ne se sentait pas bien, et on ne peut le laisser seul, alors je suis rentré à l’hôtel avec lui.

La journée a continué par une cérémonie à la maison de naissance de Ben Gourion.

Jeudi 11/04/2013

Voilà le dernier jour !

C’est l’effervescence des départs. De l’hôtel où nous sommes à Varsovie, le Novotel (hôtel 4 * de 20 étages) tous les jeunes sont en train de descendre leurs valises, tous, c’est à dire les 500 ou 600 qui sont dans le même hôtel.

Nous avions RDV à 7 h 30 dans le bus. Certains ados de Strasbourg ne se sont pas réveillés, et nous avons pris 1h 15 de retard.

Finalement,  le bus démarre vers 8 h 50 , Keren nous dit que nous allons à Treblinka. On sent une volute de mécontentement…  » On aurait  pu dormir »,  » encore un camp ? »… (Honnêtement pas chez nos jeunes, mais j’y reviendrai).

Nous avons deux heures de bus, sachant que nous devons être à l’aéroport à 14h30.

Nous roulons sur les routes Polonaises. Nous avons pris l’habitude de voir ces paysages gelés et mornes. Nous traversons des villages ; c’est très monotone. La neige, les forêts gelées, des champs se prenant pour des lacs….

Puis, après 1h30, nous quittons la route principale pour nous engager sur un chemin goudronné dans un état lamentable. Le bus saute et rebondit sur les trous. Le paysage a changé. Nous étions dans le morne , la tristesse, et nous pénétrons dans un autre univers. Là, nous traversons en ligne droite une forêt glacée, le brouillard a capturé toutes les cimes d’arbres, aucune feuille. De temps en temps nous traversons un hameau de trois ou quatre maisons en bois à moitié en ruine posées sur un champ de boue. Tout est d’une tristesse inimaginable, on a l’impression de voir en noir et blanc.

Je n’exagère absolument pas. Nous traversons réellement un paysage de mort, et nous roulons ainsi très longtemps, toujours en ligne droite. Nous sommes nulle part…

Nous nous arrêtons en pleine forêt, nous sommes à Treblinka.

Nous visitons une espèce de musée où il y a une maquette du camp qui explique parfaitement le système d’organisation industriel de l’abattage d’êtres humains en masse.

Le camp a fonctionné de Juillet 42 à Août 43…. 13 mois : 850 000 morts.

Il n’y a plus rien, ni baraquement, ni trace, rien, juste un champ entouré par la forêt épaisse (tuer en le cachant), mais il est inutile de voir des symboles, la mort, la tragédie est là, présente, le cauchemar habite le lieu.

Un train arrivait, les malheureux étaient reçus en musique douce. On leur disait bienvenu, accompagnée de coups de fouets. Vous êtes dans un camp de travail. Vous serez séparés le temps d’une douche car le typhus a fait son apparition, et 20 minutes après, il n’y avait que des corps qu’on jetait dans des fosses communes ( pas de crématoires à Treblinka), 20 mn, cela suffit pour anéantir 850 000 vies qui ne demandaient qu’à exister.

Combien de voix pures, de ténors, de barytons ? Combien de futurs chercheurs, médecins, avocats, bouchers, plombiers, boulangers, éducateurs, professeurs ? Combien de futures mamans, de frères, de sœurs, de papas et de mamans? Combien de vieillards avec tout leur savoir, toute leur sagesse ? Combien d’enfants de l’âge des nôtres qui sont aujourd’hui ici, avec les même envies de mode, de rigolades, de chamailleries, de petits copains ? de fiancées combien ? Combien ont disparu ici en quelques mois ? 850 000.

Nous rentrons,  dans le bus, la gaieté et la force de la jeunesse a repris ses droits heureusement.

L’arrivée à la gare de la Part Dieu se fait sous la pluie, de nuit, dans la précipitation. Quelle frustration de se quitter tous, comme ça, à toute vitesse, sans même avoir le temps de se dire au revoir avec tout ce que nous avons vécu.

Je voudrais  dire quelque chose aux parents. Tout d’abord, nos enfants ont été parfaitement préparés à ce voyage et c’est extrêmement important. Leur tenue et leur conduite ont été irréprochables. Ensuite, nos enfants sont formidables, ils sont exemplaires quand il le faut. Ils ont un « fond » en or.

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