L’ORT-Colomiers : les 26 et 27 janvier 2012 :  » les Passeurs de Mémoire « .

On peut dire aujourd’hui que 6 Millions de juifs sont morts dans un assassinat de masse systématique et industrialisé. Plusieurs centaines de milliers de tziganes ont été exterminés par l’idéologie nazie. Le national-socialisme s’en est aussi pris à plus de 100 000 handicapés mentaux, à des milliers d’homosexuels, Témoins de Jéhovah, à des millions de civils d’Europe de l’Est ainsi qu’à des millions de prisonniers de guerre soviétiques et à tous ceux qui s’opposaient au nazisme.

Derrière ces chiffres, il y a un nom, un visage, un enfant, une mère, un père, un ami, un voisin et comme le disaient Elie Wiesel lors du procès Barbie à Lyon en 1987 : « L’assassin tue deux fois. La première fois en tuant, la deuxième en effaçant les traces du meurtre [..] pour éviter cela, la mémoire est nécessaire. Je veux entendre leurs voix, leur prêter la mienne, leur dire que je les aime. Nous n’avons pu éviter la première mort, il faut à tout prix empêcher la seconde. Cette mort-là serait notre faute ».

Jeudi 26 Janvier 2012, une centaine d’élèves de l’ORT Colomiers ont pu aller au-delà des leçons d’histoire et entendre Denise, Robert et Freddy.

Denise Epstein, née en 1929 est la fille d’Irène Nemirovsky, romancière reconnue dès « l’entre deux-guerres ». La vie de Denise bascule en juillet 1942 lorsque les gendarmes français arrêtent sa mère et quelques mois plus tard, son père, Michel. Denise a su, avec beaucoup de pudeur, livrer son témoignage, celui d’une adolescente cachée et traquée.

Robert Marcault, rescapé des camps d’extermination, survivant des marches de la mort, a dit l’indicible : arrêté avec toute sa famille sur dénonciation le 20 Mai 1944, déporté à Auschwitz, Groβ Rosen et Buchenwald, il arrive à survivre. Robert répond aux questions des élèves, qui écoutent attentivement son récit. Il leur raconte comment il a pu vivre dans cet enfer. Pourquoi témoigne-t-il ? Pour que l’on sache, comme il l’écrit : « que jamais il ne sera possible de rayer impunément de l’histoire les atrocités commises. La tâche indélébile, inoubliable à jamais, restera dans la mémoire des hommes ».

Robert témoigne et lutte « contre toute résurgence fasciste et nazie ».

Freddy Szpilfogiel témoigne, quant à lui, en tant que résistant, interné à Noé dont il s’est évadé. Il raconte son arrestation à Toulouse en 1943 avec des fausses cartes d’identité puis son internement. Après son évasion, il rejoint le maquis de Vabre et participe à la libération.

Freddy avait dix-huit ans lors de son arrestation, Robert en avait quinze et Denise treize. Les élèves étaient d’autant plus concernés en raison de leur âge. Le temps a manqué tant les questions étaient nombreuses et les élèves ont longtemps retenu les témoins, ne se résignant pas à les laisser partir.

Le lendemain, la classe de 3ème DP a eu l’occasion de se rendre au Mémorial de la Shoah à Toulouse pour accompagner Denise et Robert dans cette journée de la Mémoire de la Shoah et de la Prévention des Crimes contre l’Humanité. Sephora a pu lire la célèbre lettre de Monseigneur Saliège où il dénonce les déportations de juifs et les exactions nazies.

François et Dylan ont pu grâce à l’investissement de leur professeur d’hébreu Sarit Bortolussi, lire un poème en hébreu de Natan Zah : « Contre la séparation ». Enfin, Anaïs et Théo ont, après le discours de Robert, lu la lettre de Simone Weil : « puisse nos rires, résonner en vous comme notre peine immense. Notre héritage est là, entre vos mains, dans votre réflexion et votre cœur, dans votre intelligence et votre sensibilité […] l’enseignement de la Shoah peut aider à forger la conscience de chacun et chacune d’entre vous. Notre témoignage existe pour vous appeler à incarner et défendre ces valeurs démocratiques qui puisent leurs racines dans le respect absolu de la dignité humaine, notre legs le plus précieux à vous, jeunesse du XXIème siècle ».

Ces deux journées ont été très précieuses pour tous ceux qui ont entendu Denise, Robert, Freddy et tous ceux, disparus, qui les habitent.

Merci à eux.

Elisabeth Bilfeld (professeur d’Histoire-Géographie)

Ci-dessous pour voir la video.

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