Venus noire en Pedibus au cinéma de quartier

Montrer des films du patrimoine au plus grand nombre de lycéens comme le demande le projet ministériel Cinélycée, c’est une gageure, surtout lorsqu’il s’agit de thèmes si difficiles à transmettre que ceux évoqués dans Vénus noire.
Nous sommes allés, le 10 mai 2011, une centaine d’élèves de plusieurs classes, au cinéma Le Central (à 25 minutes de l’ORT) en pédibus. Ca devient une habitude d’établissement conscient des efforts à faire en matière d’écologie.
Ce passage d’un critique rend bien compte de l’importance de l’enjeu citoyen, pour tout dire : humain, du film à sa sortie :
« Vénus noire, quatrième long-métrage d’Abdellatif Kechiche, ne rencontrera sans doute pas l’unanimité qui avait salué ses deux précédents films : L’Esquive et La Graine et le mulet, distingués à la fois par la critique, le grand-public et les professionnels du cinéma (via le triomphe aux Césars). Affranchi pour un temps des contraintes commerciales, Abdellatif Kechiche a conçu avec ce quatrième film une œuvre aussi fascinante qu’éprouvante (par sa durée, son intensité, sa densité), à la fois chef d’œuvre et film-monstre.
Par « film-monstre » on n’entend évidemment pas ici un film qui prend pour sujet la monstruosité : il y a des films fort conventionnels sur la monstruosité, des mélodrames bien peignés comme l’Elephant man de David Lynch. Vénus noire est un film-monstre parce que lui-même monstrueux en regard des canons du récit filmique. On peut mesurer tout ce qui le sépare, sur un sujet très proche (le racisme scientifique, les zoos humains) d’un film comme Man to man de Régis Wargnier (2005), avec son intrigue habilement troussée, son happy end de rigueur, et ses blancs héros prenant fait et cause pour les pauvres pygmées…
Rien de tout cela ici. Abdellatif Kechiche ne nous épargne rien de l’accumulation d’humiliations subies par la Vénus hottentote ; il poursuit et amplifie son travail sur la durée (le film fait près de deux heures quarante) et « l’épuisement de la scène » (le mot est d’Arnaud Desplechin) entamé avec La Graine et le mulet.
[…] (Le film) propose une archéologie, à la fois de l’idéologie raciste (appuyée sur les conclusions des scientifiques), qui justifiera l’entreprise colonisatrice, et de représentations populaires qui perdurent encore aujourd’hui dans l’inconscient collectif. C’est à travers ces « zoos humains », que s’est faite, du début du XIXème siècle (la Vénus hottentote) jusqu’à 1931 (la dernière exposition coloniale à Paris), la rencontre de masse entre Blancs et Noirs. »
Droit des femmes, en Education civique et Histoire, aliénation des femmes, image de la femme, mixité, ainsi que la haine, le racisme, la colonisation, … autant de sujets évoqués par cette œuvre. Le film est dérangeant. A la sortie, les élèves étaient mal à l’aise. Plusieurs m’ont dit avoir préféré le précédent film que nous étions allés voir aussi en pédibus : La rafle de Rose Bosch, plus directement abordable, à la thématique plus souvent médiatisée.
Mais comme le dit un proverbe suisse affectionné : ils ont été déçus en bien. Le bien de cette prise de conscience, en Histoire notamment, de cette antienne : domination qu’exerce la croyance en une prétendue supériorité d’humains sur d’autres, pour des raisons racialistes, racistes, sexistes, d’ostracismes en tout genre.
Ce qui a été mal supporté par de nombreux élèves dans ce film interdit aux moins de 12 ans, c’est cette similitude avec bien des problèmes d’une actualité vive. La séance trop longue, qui a dû être écourtée de près de vingt minutes, les a confrontés à une certaine conception machiste dont les jeunes générations ne sont pas forcément exemptes.

Patrick ELKOUBBI

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