Vilains banquiers…

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Les banquiers ont bien mauvaise presse ces derniers temps. A l’origine de la crise financière, ils sont manifestement allés un peu trop loin. Hors aujourd’hui, si l’on s’aventure dans les médias à la recherche des derniers résultats des banques françaises, on s’aperçoit bien vite quelles ont renoué avec … les bénéfices. Alors d’où proviennent ces bénéfices ? Contrairement aux Etats-Unis, la France promue le modèle de banque universel, c’est-à-dire qu’elle est présente sur tous les métiers de la finance. Si les opérations de marché ont provoqué un séisme financier, ça n’est pas le cas de la banque de détail qui représente environ 70 du produit net bancaire. On parle de banque de détail pour illustrer la banque de proximité, de réseau, bref, la banque que nous connaissons tous. Celle qui gère nos comptes et nous passe un coup de fil pour nous proposait un nouveau service où, plus tristement, pour nous rappeler que notre découvert est dépassé. Cette banque là n’est pas l’ouvre des méchants financiers qui spéculent à tors et à travers. Cette banque là, ce sont des femmes et des hommes qui assurent un service. Cette banque là, bien que souvent critiquée, nous permet d’avoir des instruments de paiement, de réaliser nos projets, de prévoir notre avenir. Cette banque là, reste un moteur de notre économie, elle est en un mot « indispensable ».

Si certain banquier nous avoue avoir resserrer les conditions d’accès au crédit pour les particuliers et les entreprises cela reste cependant assez marginal. J’ai rencontré plusieurs directeurs d’agence récemment. Dans leur grande majorité, ils m’ont indiqué que l’activité était toujours aussi soutenue sans véritable mesure particulière de restriction, voir l’inverse …

En 2009, la banque de détail sera encore l’un des plus gros recruteur en France. Les établissements bancaires ont embauché plus de 180 000 personnes sur les cinq dernières années et prévoient d’engager plus de 30 000 nouvelles recrues par an ces prochaines années. Le papy boom explique principalement ce phénomène des départs massifs à la retraite. Se posera désormais le problème du transfert des connaissances. Mais voyions les points positifs. 68 % des embauches concernent des jeunes de moins de 30 ans. Les recrutements se font principalement dans les réseaux commerciaux surtout, environ 40% des nouveaux effectifs sont issus de formation Bac+2, Bac+3. (Source : fédération bancaire française) .

Les jeunes diplômés peuvent aujourd’hui profiter de cette conjoncture. On hésite plus à leur confier rapidement des responsabilités. La formation professionnelle est au centre de la problématique des ressources humaines, il n’est pas rare de trouver des responsables d’agence ayant simplement 3 à 4 ans d’expérience et moins de 30 ans. Il est vrai que la mobilité géographique et fonctionnelle est une condition essentielle. Mais n’est ce pas une véritable qualité que de pouvoir s’adapter ? Après il serait temps de ne plus faire l’amalgame. La finance mondiale déraille, c’est vrai. Mais à coté de ces dérives spéculatives, il y a des gens comme vous et moi qui peuvent faire un travail de qualité, un travail de conseil et d’accompagnement. En tant qu’enseignant nous devons répondre au cahier des charges d’un examen. Il nous appartient cependant de ne pas oublier que les banquiers sont des acteurs incontournables de notre vie. Y a t il nécessairement incompatibilité entre efficacité pour l’entreprise, et véritable service client ? Répondre aux besoins des clients c’est aussi répondre aux besoins de l’entreprise. Tout l’art de la formation réside dans ce double enjeu. Notre challenge consiste à former des hommes, pas des machines à vendre. Alors travaillions sur ce point et tâchons de rendre nos futurs banquiers juste un peu plus…humains

Pierre Schoettel, Professeur d’économie monétaire et droit bancaire (Toulouse)

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